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La forêt d’Aokigahara*
青木ヶ原 (樹海 Jukai, mer d’arbres)

Amour et spiritualité

La forêt d’Aokigahara* 
青木ヶ原 (樹海 Jukai, mer d’arbres)

Lorsque s’en vient novembre et que le vent du nord
Déchire sans détour la forêt assoupie,
En attendant la neige, une branche accroupie
Se balance et gémit lorsque le froid la mord.

La ramille s’endort ; sait-elle qu’à son bord
Agrippée à sa feuille, une âme se tapie
Et toute solitaire espère une œuvre pie
De ceux qu’elle aime encor quand eux s’aiment d’abord ?

Cette âme rencontrée, en chemin trépassait,
Alourdi d’une larme, un flocon qui passait
L’emporte sur son aile et descend au village.

Et la larme a fondu sans qu’elle y prenne garde ;
Du Japon de toujours a retrouvé l’adage :
Loin du foyer, l’esprit, à jamais ne s’égare.

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Alain Bernard

2 novembre 2025

Aokigahara 青木ヶ原 (樹海 Jukai, mer d’arbres)
La forêt d’Aokigahara s’étend au pied du mont Fuji, sur les terres volcaniques d’une ancienne coulée de lave. D’une densité végétale presque irréelle, elle absorbe les sons et la lumière, créant un silence que les Japonais décrivent volontiers comme « vivant ».
Lieu de contemplation autant que de légendes, elle est associée depuis des siècles à la présence d’esprits (yūrei), âmes errantes ou protectrices selon les croyances locales.
Aokigahara a aussi, dans la conscience moderne, une réputation plus sombre : celle d’un lieu où des vies se sont volontairement achevées. Mais cette image, souvent amplifiée par les médias étrangers, ne rend pas justice à la dimension spirituelle du site.
Pour de nombreux Japonais, cette forêt demeure avant tout un espace sacré, un lieu de retour à la nature et d’union avec les ancêtres.
C’est dans cette double lumière — celle du mystère et du recueillement — que s’inscrit le présent poème, où la forêt devient symbole de passage, non pas vers la disparition, mais vers la continuité de l’âme.

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